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Livre : « Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre »

Chronique de Camille.

Blog VH - Couverture Ce qu'ils n'ont pas puTitre : Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre (Between shades of gray en VO anglais)
Auteur : Ruta Sepetys
Parution : 2011
Prix papier : 9 à 14€
Prix Kindle : 7,5 €

Résumé : Lina est une jeune Lituanienne comme tant d’autres. Très douée pour le dessin, elle va intégrer une école d’art. Mais une nuit de juin 1941, des gardes soviétiques l’arrachent à son foyer. Elle est déportée en Sibérie avec sa mère et son petit frère, Jonas, au terme d’un terrible voyage. Dans ce désert gelé, il faut lutter pour survivre dans les conditions les plus cruelles qui soient. Mais Lina tient bon, portée par l’amour des siens et son audace d’adolescente. Dans le camp, Andrius, 17 ans, affiche la même combativité qu’elle.

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre

Pour ma première chronique d’un livre, j’ai décidé de vous parler d’un livre historique que j’aime beaucoup et qui m’avait marquéCe qu’ils n’ont pas pu nous prendre. Je l’ai donc relu une fois de plus pour l’occasion, je ne m’en lasse pas, et c’est toujours la même émotion, la même colère, la même pitié que j’ai pour les différents protagonistes et la manière dont ils sont traités. Ça fait des années que je le connais, des années qu’il me marque, qu’il me fait voir différemment la Russie mais aussi les humains, la guerre, la choses matérielles… Ça fait relativiser.

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L’histoire commence lorsque l’héroïne, Lina, qui narre le récit, se fait arrêter avec sa mère et son frère Jonas par des gardes soviétiques alors qu’elle est Lituanienne, dans son pays, et innocente. On connaît assez bien les récits de juifs qui se font arrêter en Pologne, en Allemagne ou en France, mais l’histoire de l’URSS est moins connue, sûrement car elle est plus proche de nous dans le temps, et plus loin dans le monde aussi. Et c’est d’ailleurs un choc, en lisant ce livre, de découvrir les atrocités commises par les Soviétiques à l’encontre des pays baltes dont on ne sait rien, qu’on n’étudie pas beaucoup à l’école, alors qu’on devrait au contraire connaître l’histoire plus élargie, qui ne se restreigne pas aux pays Occidentaux. C’est vrai ça, on nous fait croire qu’on connaît notre histoire, l’Histoire, et en fait, il n’en est rien, nous ignoront ce « génocide ». Comment est-ce possible ? Kolkhozes, goulags, dékoulakisation, ça vous dit quelque chose ? Ça devrait, car ça a touché de très nombreuses personnes (Staline en a tué 20 millions, pour vous donner un ordre d’idée…) et bouleversé l’Est de l’Europe. Quand j’étais petite, je me disais que si j’écrivais un livre, je ne voudrais jamais qu’il soit étudié à l’école, pour ne pas être la cause de travail en plus pour les écoliers. J’ai bien sûr entièrement changé d’idée depuis. Apprenez ! cultivez-vous !, et pour ce livre en particulier, pitié, faites-le lire aux écoliers, apprenez-leur l’histoire de cette manière, il n’y en a pas de meilleure… !

Apprenez différemment, par les histoires...

Mais revenons-en à l’intrigue, la très réaliste intrigue, inspirée de faits réels, d’Irena Valaityte-Spakauskiene en particulier. L’histoire commence le 14 juin 1941 par l’arrestation des Vilkas, la famille de Lina, qui commencent alors leur périple à travers leur pays et à travers l’URSS, dans des wagons – encore un rappel de la Seconde Guerre Mondiale. Mais si les conditions de vie dans ces trains sont « similaires », le reste ne l’est pas. Dans les camps de concentration du centre de l’Europe, les détenus travaillaient ou non, dans des conditions cruelles, abominables. Mais pour l’héroïne, Lina, et sa famille, s’ajoutent à cela le froid glacial de Russie dont ils se protègent mal, ils meurent de froid, ont des engelures, etc, et un travail dans des conditions très rudes. Dans les premières pages du livre est dessiné le périple de la famille Vilkas, un voyage de plus d’un an qui les emmènera au-delà du cercle polaire, pratique pour se repérer au fil du récit.

La protagoniste, Lina, est une jeune fille déterminée, dévouée, courageuse, et une artiste, ce qui lui donne un côté rêveur et révèle sa fragilité, qu’elle laisse parfois voir. Elle dessine pour retrouver son père, parce qu’elle adore ça, parce que c’est son échappatoire… Sa passion, rafraîchissante au milieu de toute cette horreur, montre aussi le gâchis de ce talent qu’elle aurait dû développer dans l’école d’art où elle devait entrer. Elle dessine aussi pour Andrius, un jeune homme de 17 ans très courageux comme tous les personnages qui ont résisté au voyage à travers l’URSS. Il est un bel exemple, avec sa mère, Mme Arvydas, de sacrifice et de bravoure. La mère et le frère de Lina sont aussi deux personnages qu’on ne peut qu’admirer, tout en étant attristés, l’une de la voire rester humaine, gentille, altruiste, l’autre de le voir grandir si vite. Et puis il y a les gardes, des gens horribles, d’une cruauté sans fin, mais qui ont parfois un reste d’humanité. Et puis les autres personnages, les détenus, parfois horripilants (M. Stalas !), mais toujours humains, c’est dans les pires moments qu’on voit le meilleur d’eux (Ouliouchka)…

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L’auteure insiste particulièrement sur le décalage entre la vie d’avant, et la vie de détenue, d’une jeune fille innocente qui a payé pour sa famille. Ruta Sepetys inclut  des analèpses qui laissent entrevoir l’ancienne vie heureuse, normale, de Lina, qui marquent une rupture par rapport à sa vie au kolkhoze et au goulag. Cela nous fait prendre conscience, d’une part de la fragilité de la vie, en particulier en temps de guerre, et d’autre part, comment des hommes peuvent par quelques actes, menaces, modifier plus que profondément la vie des gens, l’histoire d’un pays, de plusieurs nations…

Mais ce livre poignant n’est pas seulement écrit avec une plume magnifique, simple, pudique, mais aussi avec une grande profondeur. Derrière l’histoire se cachent beaucoup de choses, et l’histoire recèle une morale, que Ruta explicite dans sa note en fin de livre, qui parle d’amour et de pardon. Et je trouve cela fantastique qu’avec son passé – sa famille a eu une histoire semblable à celle de Lina -, elle parvient à n’avoir aucun ressentiment quand elle écrit, comme si elle avait pardonné, sauf lorsque les pires violences, aux enfants en particulier, sont commises ; on sent la résignation mais aussi la douleur que de telles choses aient pu se dérouler, le manque d’humanité des gardes, comme si leur cœur s’accordait aux -40°C du Nord de la Sibérie.

Blog VH - Couverture Between shades

Est-ce d’ailleurs la Sibérie qui a inspiré le titre en anglais Between shades of gray, « entre nuances de gris » ? Je n’ai d’abord pas compris le sens, mais après avoir écouté une interview de Ruta, j’ai compris : elle a expliqué qu’entre les nuances de gris, parfois il y avait une petite « ouverture » qui laisse l’amour briller. C’est émouvant, et ça reflète tellement bien mon sentiment par rapport au livre.

La fin ne m’a pas particulièrement emballée, mais j’avoue comprendre pourquoi Ruta a décidé de l’achever ainsi. Elle permet de clore le livre sans s’arrêter brusquement au milieu, et amène aussi une note d’espoir, malgré la tristesse. Vous comprendrez quand vous lirez ;) Je vous déconseille de lire la fin avant d’y être arrivé(e) chronologiquement, mais si vous voulez savoir si la fin est heureusement ou non et pour qui, voilà un petit spoiler : (Lina survit au goulag et retrouve Andrius) Un peu dommage que la fin ne soit pas approfondie pour tous les personnages, mais le nécessitent-ils vraiment ?

Conclusion

Une excellente lecture, très instructive, que je ne peux que vous conseiller, qui montre les horreurs que commettent les hommes mais en gardant espoir – et ce n’est pas facile ! Bravo Ruta ! Une belle note de l’auteure à la fin, intéressante, qui incite à se pencher sur l’histoire des pays Baltes, qui est malheureusement trop méconnue en France. Un magnifique livre objet, une couverture épurée et fidèle au récit, un titre français qui peut faire réfléchir, et une histoire qui doit voyager, qui doit être partagée. Faites-la connaître !

Image coup de coeur.jpg

P.S.: À visiter, le site du livre : http://www.betweenshadesofgray.com. La vidéo de l’interview de Ruta Sepetys, en anglais mais très facilement compréhensible, est extrêmement intéressante, instructive et surtout émouvante. Vous devez la voir ! Ce n’est pas du temps perdu. S’il vous plait…

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