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Livre : « Toute la lumière que nous ne pouvons voir »

Article de Candice

Toute la lumière que nous ne pouvons voir

La publication de ce livre a fait grand bruit il y a quelques mois, lorsqu’il a gagné le prix Pulitzer, l’équivalent de notre prix Goncourt.

J’ai donc commencé à le lire avec beaucoup d’enthousiasme : un livre dont la couverture était sympathique, un thème que j’affectionnais, des critiques dithyrambiques. Pour une fois, je n’avais pas à me triturer l’esprit, à me demander si ça valait le coup ou non d’entamer ce pavé.

Autant vous dire que j’ai vite déchanté…

doerr

 

Titre : Toute la lumière que nous ne pouvons voir (All the light we cannot see)

Auteur : Anthony Doerr

Parution : 2015

Prix papier : 25 €

Prix Kindle : 16 €

 

Résumé : L’histoire s’étale sur quarante ans, de 1934 à 1974, même si la majorité de l’intrigue se concentre sur les années de guerre. Marie-Laure est une petite Parisienne aveugle, Werner est un jeune orphelin allemand ; et leurs destins vont – sans surprise – être bouleversés par un conflit mondial auquel ils ne comprennent goutte.

Werner est doté d’une intelligence rare et passe son temps à monter et démonter des radios. Il se fait vite remarquer par les dignitaires nazis qui l’encadrent aux jeunesses hitlériennes. A 14 ans, il est intégré à la Wehrmacht, et son unité est déployée en France pour anéantir les radios des résistants.

Marie-Laure et son père fuient à Saint-Malo après la prise de Paris par les Allemands, mais sont vite séparés lorsque le père, serrurier au Musée d’Histoire Naturelle, se voit confier une mission de la plus haute importance.

Voilà.

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N’est-il pas un peu étrange que j’aie pu résumer 500 pages en trois paragraphes ? Ca l’est, et ce n’est pourtant pas une erreur. Le récit est d’un calme plat, malgré le découpage frénétique du livre en centaines de petits chapitres, sûrement censés impulser un peu de rythme dans cette histoire qui n’émeut pas.

Certes, l’écriture est originale, parfois presque poétique. Certaines formules sont heureuses, d’autres m’ont hérissé les poils tant je voyais y transparaître l’orgueil qu’avait ressenti l’auteur en écrivant ces mots. Le style est ampoulé et manque de fluidité. Je n’ai jamais réussi à m’habituer à l’utilisation du présent de narration par l’auteur – pour moi, elle n’était pas pertinente et un passé simple aurait mieux réussi.

Deuxième concession : la portée symbolique du récit. Les thématiques de la radio, des pierres précieuses, de la lumière et de la vision sont  exploitées à bon escient, de manière subtile et intelligente. Les métaphores ont éclos au fur et à mesure dans mon esprit, et toutes appelaient à la réflexion.

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Les points positifs, c’est malheureusement déjà terminé !

Les chapitres alternent les années. Pendant 3 pages, on est en 1939, à la page suivante, on se retrouve en 1944, et les dix pages qui suivent nous emmènent en 1942. Dur dur, pour savoir où on en est dans ce labyrinthe ! Dès lors, il est peu aisé de suivre l’évolution des personnages et de s’attacher à eux. On passe une bonne partie des chapitres à se remémorer la chronologie du récit, surtout si comme moi, on lit ce roman dans le métro, à raison d’une trentaine de pages par jour !

Anthony Doerr a fait des recherches de fond avant d’écrire ce roman, et cela se voit. Le récit est piqueté d’une multitude de références scientifiques, ou qui prétendent l’être : des équations et des termes trop précis, qui perdent assurément les néophytes en physique quantique que nous sommes. J’avoue avoir arrêté de suivre lorsque le récit a commencé à verser dans la science-fiction de bas étage, avec l’histoire abracadabrantesque d’un diamant aux pouvoirs magiques !

Mais la critique principale que j’adresserais à ce romain est son manque de souffle épique. On est en pleine Seconde Guerre mondiale, que diable ! Certes, beaucoup de romans exploitent un peu trop le filon de l’épopée historique et sombrent dans le sentimentalisme, mais ici le récit est chirurgical et insensible. La majeure partie du récit est constituée des réflexions triviales de l’un ou l’autre des héros. Des pistes de réflexion sont rapidement esquissées, aucune n’est véritablement exploitée.

Pour quelqu’un qui veut s’éloigner des codes traditionnels des récits sur cette période, Anthony Doerr exploite de nombreux tropes rebattus sur la Seconde Guerre mondiale : le collaborateur lâche, le nazi sadique qui haït les Juifs, les Résistants n’écoutant que leur courage, les Russes vengeurs et pillards…

Toute la lumière qu’Anthony Doerr n’a pas su voir—ou pourquoi il n’est jamais bon de sacrifier la trame d’un roman à l’originalité de son style. Peut-être n’ai-je pas assez su lire entre les lignes pour apprécier ce roman à sa juste valeur.

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