Livre : « Le Silence de Mélodie » (« Out of my mind »)

Article de Camille

Le Silence de Mélodie est un très très beau livre, dur, profond, qui fait réfléchir : au handicap, à la société, à psychologie des enfants…

Blog VH - couv silence de mélodie.jpgTitre : Le Silence de Mélodie (Out of my mind en VO)

Auteur : Sharon M. Draper

Date de publication : 2010

Prix Kindle : 6€ (VO) / 10 € (fr)

Prix papier : 8,7 € / 15 € (fr)

Résumé : Quand j’ai eu deux ans, tous mes souvenirs avaient des mots, et tous mes mots avaient une signification.
Mais seulement dans ma tête.
Je n’ai jamais prononcé un seul mot. J’ai bientôt onze ans.

Le Silence de Mélodie.jpg

Mon avis

L’ayant lu il y a un an, j’ai décidé de le relire cet été non seulement car j’étais déjà dans le thème maladie/handicap avec The Memory book, mais aussi car je me souvenais l’avoir bien aimé et voulais vous le chroniquer. Je ne regrette pas une seule seconde de l’avoir relu, c’est vraiment un excellent livre.

Je pense l’avoir encore plus apprécié que la première fois. Connaissant déjà l’histoire, j’ai pu passer plus de temps à réfléchir, et je l’ai vu différemment d’avant.

Déjà, il faut se mettre à la place de Mélodie, 11 ans, une fillette extrêmement intelligente et mature, qui ne peut ni bouger, ni parler. Son corps la retient prisonnière d’elle-même.

« It’s like I live in a cage with no door and no key. And I have no way to tell someone how to get me out. »

Out of my mind, Sharon Draper

 Ça donne envie de verser une petite larme…

J’ai beaucoup apprécié notre petite héroïne au grand cœur, qui est très courageuse, elle supporte son handicap avec beaucoup de maturité. Elle se bat pour faire ce qu’elle aime. Ce qui est « amusant », c’est que quand elle racontait son histoire, j’avais vraiment l’impression d’avoir une jolie petite fille en bonne santé dans ma tête, l’extérieur reflétant l’intérieur, comme dans tous les livres que je lis ; mais que quand elle parlait de son apparence physique – dans un fauteuil roulant, avachie, parfois même bavant… Les deux images se déconnectaient totalement. J’imagine que je suis un peu victime des clichés.

blog ado roman littéraire

Comme personnage secondaire, il y a Rosie, une petite fille non-handicapée qui fait partie d’une des « classes d’inclusion », à laquelle les enfants handicapés de l’école peuvent participer. Ce personnage, quoique secondaire, devrait attirer l’attention du lecteur. Car Rosie, c’est nous ! (Enfin, selon moi…) Rosie, est une petite fille sympathique, attentionnée, mais tiraillée entre son côté gentil, et entre faire ce que sa classe attend d’elle. D’un côté, elle est gentille avec Mélodie, prend sa défense, vient la voir pour discuter, mais de l’autre, elle préfère quand même rester avec ses autres amis, faire comme ses autres camarades, ne pas trop être vue en présence d’une fillette qui est lourdement handicapée. Et ça se comprend.

On se dit « À sa place, qu’est-ce que j’aurais fait ? ». On voudrait être des gens sympas, être amis avec Mélodie, surtout quand nous, lecteurs, voyons son adorable personnalité. Mais si l’histoire est contée du point de vue de Mélodie, qu’on lui est partial, il faut néanmoins se mettre de l’autre côté. Voir une petite fille qui ne peut pas articuler, pas bouger, en fauteuil, ne pas savoir ce qu’elle pense… Est-ce qu’on irait la voir, malgré ce que pensent les autres ? Peut-être, mais peut-être pas…

Les autres personnages secondaires, je les ai tout simplement adorés. Quelle chance a Mélodie d’avoir de tels parents, qui l’aiment beaucoup, lui accordent autant d’attention, font tout pour la rendre heureuse et qu’elle ait la meilleure vie possible ; ils voient par-delà le handicap de Mélodie.

Sa petite sœur aussi est adorable. Elle montre le meilleur de l’être humain, encore candide, qui n’a pas encore été influencé par la société. A 2 ans environ, elle comprend que Mélodie est différente, et ça lui est complètement égal.

Et puis il y a Mrs V. et Catherine, sa voisine et son aide scolaire, qui ont compris l’intelligence de Mélodie et la poussent à dépasser ses limites. Sans elles, Mélodie aurait eu une vie bien différente.

A l’opposé, il y a quelques personnages qu’on déteste, comme ce stu-pi-de docteur, et d’autres qu’on n’aime pas non plus, mais qui montrent le malaise qu’on peut avoir face à des personnes devant lesquelles on ne sait comment se comporter. La meilleure réponse est encore de les traiter normalement, comme tout le monde. Paul, qui s’adresse directement à Mélodie, avant même de la connaître. La serveuse qui, passé son moment de surprise, parle à la fillette comme à n’importe quel autre client. Car oui, on pourrait l’oublier, mais Mélodie n’a que 11 ans… Onze ans et tant de défis surmontés, de moments difficiles vécus… On pourrait, pendant quelques minutes, oublier son handicap qui s’efface derrière son esprit brillant, avant qu’il ne revienne frapper avec toute sa force. Boum. D’ailleurs, quand elle est excitée, ses bras et ses jambes partent dans tous les sens. Re-boum.

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Mais bon, mettons ce triste handicap de côté, pour passer à un côté plus joyeux, sur le goût de Mélodie pour les mots que nous, lecteurs, comprenons un peu.

« Words have always swirled around me like snowflakes – each one delicate and different, each one melting untouched in my hands. »

« Everybody uses words to express themselves. Except me. And I bet most people don’t realize the real power of words. »

Out of my mind, Sharon Draper

D’ailleurs, petite anecdote sur un ton plus léger, ce qui m’amuse, c’est que les élèves de 11 ans dans le livre, estiment que le mot mosquito (« moustique » dans la version française) est compliqué. Ça montre bien comme la langue anglaise est facile, s’ils trouvent que ce mot est dur ! Nous, en 5e, on écrit anticonstitutionnellement sans rechigner :P

En parlant de mots compliqués, synesthésie est un mot qui apparaît dans ce livre. C’est la capacité à entendre des couleurs ou visualiser des saveurs quand de la musique est jouée. (Elèves de Première, prenez garde, vous en entendrez parler pendant vos cours de poésie !) Mélodie « entend » des couleurs quand elle écoute de la musique. Moi, je vois ces couleurs quand je lis un livre ! Souvent, ces couleurs sont semblables à celle de la couverture quand celle-ci est bien faite, et je les reprends pour faire mes images en début de chaque chronique du blog (pour éviter que vous jugiez le livre par sa couverture !).

Pour ce livre, je verrais bien des couleurs pastels en fond, avec des petites touches plus colorées (ça ne rendrait pas forcément bien sur une image, je n’ai donc pas trop respecté mon code couleur ici…). C’est pour cela que je trouve que les deux couvertures – française et VO – sont très bien imaginées, ainsi que les titres.

Blog VH - couv silence de mélodieDans la version française, on ne voit pas le visage de Mélodie (l’apparence ne doit pas importer, c’est l’esprit qui est supérieur *clin d’œil aux philosophes stoïciens*), mais on voit les mots écrits sur les cartons colorés, ceux dont elle a besoin pour communiquer. Et le titre, Le Silence de Mélodie (qui fait penser aux Silences de Thalès, pas du tout pareil), est très bien adapté, car Mélodie ne peut parler, et c’est son silence qui l’enferme en elle-même, qui la retient prisonnière.

Blog VH - Out of my mind.jpgC’est une bonne adaptation du titre original Out of my mind. Ce titre est lui aussi parfait, il montre ce que voudraient faire les pensées de Mélodie : sortir de son esprit ! La couverture a deux ou trois significations selon moi. La première, c’est que l’esprit de Mélodie est comme le bocal, et ses pensées, comme le poisson, veulent sortir. Mini spoiler pour la deuxième interprétation : ça se réfère à une scène du livre. Spoiler de la troisième interprétation : ça montre l’impuissance de Mélodie – par son absence de paroles et de gestes – non seulement à sauver son poisson rouge, mais aussi à prouver son innocence dans cet accident. Voilà toute l’injustice de son handicap, qui est présente dans la scène du poisson comme dans d’autres…

Titres et couvertures parfaits donc, bravo aux maisons d’édition !

Enfin, la toute fin de ce livre était elle aussi excellente. La boucle est bouclée, la vie de Mélodie continue, mais on en aura au moins eu un aperçu. Un aperçu doux-amer, triste et hopeful… C’est en refermant le livre qu’on est vraiment ému, on ne veut pas laisser Mélodie, mais ça fait du bien en même temps de ne plus se soucier de ses problèmes… Notre égoïsme reprend le dessus.

Après avoir lu ce livre, vous n’aurez jamais été aussi heureux de pouvoir parler. Mesurez-en la chance.

Et je vous invite à passer sur le site de l’auteure où elle répond à quelques questions. Comme elle le dit là, on s’aperçoit que les humains sont plus semblables que différents. Une belle leçon d’humanité.

 

 

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