Livre : « Something in Between »

Article de Camille 

Je suis désolée de ne pas avoir chroniqué de livre depuis longtemps : avec mes études, j’ai peu de temps libre, donc je le passe plus facilement à regarder un film, rapide, plutôt que de lire un livre en plusieurs semaines. Et puis les derniers livres que j’ai lus m’ont un peu lassée/déçue donc j’hésitais à me relancer immédiatement.

Mais me voilà enfin en vacances, et avec ça, plein de temps pour lire dévorer une quantité incroyable de livres (dans ma précipitation, j’en lis au moins trois en même temps) qui m’ont l’air super.

Et Something in between est l’un d’entre eux, et ce n’est pas seulement un bon livre, c’est un livre très in-té-res-sant ! Et je pèse mes mots.

Blog VH - Something in betweenTitre : Something in between [VO]
Auteur : Melissa de la Cruz
Date de parution : 2016
Prix papier : 10 €
Prix Kindle : 5,5 €
Résumé : When your country doesn’t want you there, how do you know where you belong?
Jasmine de los Santos has been pushed by her Filipino immigrant parents to over-achieve, be the best she can be, work as hard as she can at school and reach for the American Dream. She’s thrilled to be named a finalist for the National Scholarship Award and prepares to go to Washington, D. C. to receive it. But when she brings home the paperwork, she learns that she and all her family are in the country illegally.
As Jasmine’s world shatters around her, she rebels, trying to make sense of herself—who is she? Is she American? Illegal? Something in between? Jasmine decides to accept the award anyway and goes to D.C., where she meets Royce Blakely, the handsome son of a Republican congressman. As she fights for her very identity, will Jasmine find help in unexpected places, and will she ever figure out where she belongs?

Mon avis

Jasmine est une jeune fille forte, sérieuse et déterminée, qui a tout pour réussir dans la vie, à part qu’il lui manque une carte verte pour résider légalement aux Etats-Unis, et elle ne découvre cela qu’au moment de postuler pour des universités. Ce livre nous fait nous rendre compte à quel point un vulgaire bout de papier (qui a, je vous l’accorde, beaucoup d’importance) peut changer la vie, le futur de quelques personnes, sans « raison ». Qu’elle ait ou n’ait pas de carte de séjour ne change en rien le fait que Jasmine ait vécu pendant des années aux États-Unis et se sente États-Unienne. Ça nous fait direct nous demander ce qui fait que quelqu’un doive ou non avoir la nationalité du pays, question extrêmement importante par les temps qui courent ! Mais je crois que je m’emballe un peu, et j’ai sauté directement sur le point important de ce récit sans parler ni des personnages ni de l’action ni du style de l’auteure… J’y vais donc de ce pas, avant de revenir vous parler de ce thème si important qu’est l’immigration.

Zweep, zweep, on rembobine et je redémarre. Jasmine est une jeune fille forte, sérieuse et déterminée, qui a tout pour réussir dans la vie, à part qu’il lui manque une carte verte pour résider légalement aux États-Unis.  Jasmine, faisant partie des 300 meilleurs élèves de son pays, est, vous l’imaginez bien, intelligente du moins scolairement. Et c’est pour ça qu’elle décide de ne pas se « laisser faire » par une loi qui lui semble injuste et décide de se battre pour qu’elle et sa famille restent dans leur pays d’accueil, presque le seul que ses frères aient connu, les États-Unis. En plus de son bénévolat, ses cours de pompom girl (qui sont tout à fait sérieux, plus dans le genre gymanastique-et-esprit-d’équipe que mistinguettes-en-jupettes) et son travail scolaire, Jasmine doit jongler avec son orientation scolaire, ses amis, son copain et trouver un moyen pour que la justice reconnaisse le droit à ce qu’elle reste aux États-Unis.

« I’m inspired by failure. The process of defeat – picking yourself back up again is the hardest thing in the world. »

– Lolo Jones

Ce que j’ai aimé, c’est avoir un personnage féminin si déterminé et travailleur qui est maître de son propre destin et qui veut suivre son American Dream à elle : trouver un bon boulot qu’elle aime à force de travail. Blog VH - statue libertéMalgré cela, elle n’est pas parfaite, et elle se rend compte, quand sa vie américaine est remise en question, qu’elle a loupé une partie de son adolescence à travailler. Tout en restant sérieuse, elle se lâche un peu plus et ose atteindre ce qu’elle veut, et non pas ce que ses parents philippins attendent d’elle. Ce qui me fait venir à mon point suivant, le fait que le mot « philippin » soit recasé partout, surtout au début du livre. Du genre, « mes parents me demandent d’être sérieuse parce que c’est comme ça chez nous les Philippins« ,  « nous on est travailleurs : c’est un truc de Philippin« , ou autres phrases du genre ont commencé à me taper sur les nerfs au bout d’un moment. Oui, j’aurais été ravie de découvrir comment sont les Philippins, quelle est leur culture, mais non, ce ne sont pas que les Philippins qui sont sérieux ou travailleurs, l’auteure généralise trop pour les Philippins et au contraire pas assez en général : être sérieux et travailleur ne relève pas (beaucoup ?) de la culture. Le « it’s a Filipino thing » à tout bout de champ, j’ai trouvé ça dommage. D’un autre côté, j’ai beau être en quelque sorte immigrée aussi maintenant comme je vis dans un autre pays (en Angleterre), je ne sais pas du tout ce que ça fait de sentir sa culture natale en décalage avec la culture de son nouveau pays. Je sais que l’auteure est descendante d’immigrés et je pense que cette histoire est en particulier ce qu’elle a vécu ou ressenti quand elle a déménagé aux USA, donc je ne peux pas juger sans connaître.

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En plus de ce point négatif là, il y a aussi celui de mon manque d’attachement aux personnages. J’aime bien travailler comme Jasmine et je me suis reconnue sur beaucoup de points « théoriques », mais je n’ai pas accroché avec sa manière de penser et d’être  auto-centrée, et parfois un tout petit peu méprisante avec les autres. Par exemple, avec la famille blanche et riche de son petit copain Royce, elle est toujours en train de se dire que ouais mais eux tout leur tombe tout droit du ciel et ils se plaignent et ils font pas attention aux autres… Alors je reconnais qu’ils ont plus de chance de réussir à niveau de travail égal, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne rencontrent pas de difficulté (dyslexie, comportement…), qui est dur à surmonter au niveau individuel. Jasmine ne me semble que regarder l’image générale (c’est-à-dire « ils-sont-riches-donc-tout-va-bien-pour-eux« ). Si de temps en temps elle se rend compte qu’elle doit changer son opinion sur les autres, je n’ai pas pour autant vu une véritable évolution dans le livre. Et c’est dommage parce que l’héroïne avait du potentiel d’empathie, comme le fait qu’elle aille discuter avec des patients d’hôpitaux. Son projet a beau être écourté à cause de son statut d’illégale (Jasmine détesterait ce mot :P ), c’est quand même l’auteure qui a bâclé la fin en nous racontant en une phrase comment Jasmine a finalement fini le projet. Donc je me demande : projet réel et utile, ou projet inventé comme excuse à défaut d’autre chose ?

En revanche, les autres personnages m’ont bien plu, même s’ils sont quand même restés assez secondaires. Un peu dommage, car chacun avait une vraie personnalité intéressante, mais je comprends qu’ils restent un peu en arrière-plan comme Jasmine est plus centrée sur ce qu’il lui arrive à elle qu’aux autres. C’est donc un choix de l’auteure compréhensible. En revanche, je suis un peu déçue de la romance qui était assez peu crédible, mais j’ai été contente qu’elle me surprenne à un certain moment (même si c’était un peu tiré par les cheveux) !

Sinon, à part ça, j’ai relativement bien aimé la plume de l’auteure (excepté le « philippin » partout, mais ça vous l’aurez compris, héhé). Je l’ai trouvé claire et précise, réelle, et j’avais  l’impression d’être transportée dans cet univers et de le voir en 3D, vraiment vrai. J’ai bien réussi à m’imaginer les décors, l’ambiance, donc de ce côté-ci chapeau pour l’auteure.

Blog VH - Something in betweenDe plus, j’ai trouvé la couverture jolie et intrigante  (c’est-à-dire que je n’ai aucune idée de ce que signifient ces lignes et fleurs…!). Et le titre, que je trouve vraiment joli et poétique, est non seulement le titre de l’essay de Jasmine pour décrocher sa bourse d’étude (là dans son contexte, je n’ai aucune idée de ce qu’il peut signifier), mais il représente aussi bien l’histoire qui se déroule pour l’héroïne : entre deux étapes scolaires importantes, entre son adolescence et son âge adulte, entre sa vie Américaine tranquille et un futur incertain ; le titre était très bien. Après, si c’est vraiment cela que ça signifie, et ce que l’auteure a voulu dire par là, je n’en ai aucune idée, honnêtement !

Blog VH - immigration usa latinoEnfin, j’en reviens comme je l’avais promis au fond de ce roman, une fois qu’on oublie les personnages fictifs, la plume de l’auteure et qu’on en revient au problème profond que soulève ce livre.

« Those who deny freedom to others, deserve it not for themselves. »

– Abraham Lincoln

J’ai trouvé vraiment très intéressant la manière dont sont abordées toutes les questions qui tournent autour de l’immigration. Par exemple, le déracinement : entre les parents qui ont vécu une grande partie de leur vie aux Philippines et qui ont émigré pour donner une chance à leurs enfants, Jasmine qui a connu les deux mais sait son futur en Amérique, et ses deux petits frères qui n’ont connu que ça et ne se réadapteraient jamais complètement à une vie dans ces îles. Vient alors la question de l’identité. Qu’est-ce qu’être Ètats-Unien (ou de toute autre nationalité d’ailleurs ?) ? Naît-on ou devient-on américain ? En quoi une personne aurait plus le droit qu’une autre de vivre dans un pays : parce qu’elle y est née et que ses parents y ont toujours vécu, parce qu’elle s’y sent chez elle et y a installé sa vie ? Sur quels fondements moraux un pays peut-il refuser des « étrangers », qu’ils soient refugiés ou qu’ils aient vécu illégalement pendant des années ? A-t-on même de droit de les refuser dans certains cas ? Cette question est particulièrement intéressante concernant les États-Unis, ayant longtemps été une terre d’accueil pour les immigrés. Tous les Américains, sauf les Indiens natifs, sont même descendants d’immigrés. Nous le sommes même tous à travers le monde, surtout si l’on compte depuis la Préhistoire – les hommes bougent, les frontières aussi.

J’ai trouvé toute cette réflexion que ça apporte fascinante. Parfois, comme en philosophie, je me dis qu’il n’y pas de réponse à trouver : c’est plus important de se poser les bonnes questions que d’y trouver des réponses.

D’ailleurs, à la fin du livre sont écrites quelques questions pour réfléchir au livre. Elles sont plus posées pour réfléchir à l’attitude de Jasmine, ses expériences, à comparer aux nôtres, qu’aux implications morales et civiques de l’immigration, mais j’ai néanmoins trouvé l’idée très bonne, et j’encourage les auteurs à faire de même dans les livres « qui font réfléchir ».

Ce qui est vraiment bien aussi, c’est que l’histoire se passe pendant la présidence d’Obama (bien qu’il ne soit pas nommé), et quand l’auteure a écrit et publié le livre, donc en 2016 et avant, j’ai l’impression elle s’attendait à ce que la politique des USA reste sur la même lancée (ce qui n’est pas le cas…), donc ça nous mène à nous poser encore plus de questions et à nous inquiéter pour le sort des immigrants là-bas. Quel serait le futur de Jasmine sous le règne du président actuel ? (Spoiler : very bad. Ça craindrait.)

« I’m so angry about America and its toxic politics, its public servants who are supposed to help their constituants but only care about reelection. »

– Melissa de la Cruz, Something in Between

Dernier micro point, et ensuite, promis, c’est fini (désolée d’avoir tant écrit !). Chaque chapitre commence par une citation qui correspond à ce qui va se passer dans le chapitre (j’en ai remise quelques unes ici) : je crois, lecteurs, que nous pouvons tous nous accorder sur le fait que nous aimons beaucoup les jolies phrases et citations (que je collectionne comme Jasmine), donc j’ai vraiment beaucoup aimé !

Conclusion

Je vous conseille beaucoup ce livre illuminant pour les questions qu’il amène à se poser !

P.S.: Je serais contente de savoir ce que vous avez pensé de ce livre si vous l’avez lu, de ce à quoi il vous a fait penser, des questions qu’il vous a fait vous poser.

Et voilà le site de l’auteur si ça vous intéresse : http://melissa-delacruz.com/book/something-in-between/

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2 réflexions sur “Livre : « Something in Between »

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